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Carte blanche: et si la Défense (re)devenait un lieu d’inclusion sociale et de véritable Vivre ensemble?

Selon l’ancien ministre de la Défense André Flahaut, afin d’exercer un rôle central en matière de cohésion sociale et d’accompagnement des citoyens, l’Armée belge doit se soucier du bien-être de ses propres effectifs et tout faire pour accueillir un public plus large

De nombreux observateurs et acteurs de premier plan s’inquiètent de l’état actuel du personnel militaire qui, dans son abnégation, fini par être totalement oublié sur le plan humain. De plus, nous devons prendre conscience du contraste qu’il y a entre le potentiel de séduction de la Défense et le désintérêt dont elle fait actuellement l’objet. Il faut donc revoir tous les mécanismes internes à la structure pour y attirer de potentielles jeunes recrues, et ce, indépendamment du sexe et des différences culturelles, religieuses, physiques, etc. A ce titre, j’ai d’ailleurs co-signé une proposition de résolution relative à la politique des ressources humaines au sein de la Défense, avec mes collègues Hugues Bayet et Christophe Lacroix.

Parallèlement à sa politique de recrutement, il est urgent que la Défense envisage, sous un nouvel angle, sa stratégie de communication et qu’elle ne passe pas, maladroitement, à côté de son objectif d’attractivité. A ce sujet, je me permets d’évoquer l’exemple de communication catastrophique d’août 2019, lorsqu’est apparue une vidéo de promotion de nos services militaires s’intitulant : « travailler à la Défense quand on est musulman ». Dans cette vidéo publicitaire, nous pouvons entendre que la Défense se définit comme « une organisation neutre qui se veut le reflet de la société ». Mais est-ce encore vraiment le cas ? Ensuite, fait particulièrement interpellant, Les individus présentés dans la vidéo évoquent la présence d’un « imam qui ne travaille que pour la Défense ». Ces propos sont totalement incorrects, nulle part il n’est question d’un imam à la Défense puisqu’en réalité, il y a, au sein de la structure, des conseillers moraux et une quinzaine d’aumôniers, dont une large majorité représente le culte catholique, seulement deux d’entre eux, le culte protestant, un, le culte israélite et un, le culte musulman. D’ailleurs, pourquoi n’utilise-t-on pas simplement le mot conseiller religieux pour désigner cette fonction ? En résumé, si cette communication publicitaire stigmatise la communauté musulmane, elle cultive surtout un imaginaire collectif au sein de la population belge et ouvre une brèche dans laquelle s’infiltrent les populistes, spécialistes de la culture de la peur et de l’amalgame.

En ces temps de repli sur soi, dans lesquels la peur tend à étouffer la solidarité, la Défense doit, plus que jamais, exercer un rôle central en matière de cohésion sociale et d’accompagnement des citoyens. Pour ce faire, elle doit, en priorité, se soucier du bien-être de ses propres effectifs.

Alors, comment doit faire « la grande muette » pour (re)devenir, conformément à sa volonté, le reflet de la société, attirer de nouvelles jeunes recrues et les conserver au sein de sa structure ?                                                          Même si des journées d’information, des actions de terrain ou encore des stages destinés aux jeunes existent, ces activités restent encore largement méconnues du public                                                                                                                                                                                                                      .

Il semble par exemple opportun d’intensifier les contacts avec les écoles et les lieux de rencontres de jeunes , pour montrer que la Défense est en réalité une vaste entreprise dans laquelle il est possible d’apprendre de nombreux métiers. Elle doit également être en mesure d’attirer des jeunes en difficultés sur le marché de l’emploi. Pourquoi ne pas mettre en place un véritable projet d’accompagnement des jeunes en décrochage scolaire, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres secteurs, pour leur offrir des formations adaptées en partenariat avec le Forem, le VDAB ou Actiris ? Ces formations professionnelles, avec un accompagnement militaire, pourraient voir le jour si la vision politique poursuivie était celle de l’intégration. Une autre idée, évoquée dans la proposition de résolution que j’ai co-signée, serait que la Défense propose, complémentairement au service citoyen,des formations d’utilité sociale. A ce titre, je rappelle que des bases légales, prises à mon initiative, existent pour mettre en place un service d’utilité collective (SUC) et qu’il suffit de les mettre en œuvre. Si un attention particulière doit être apportée au contenu de l’instruction, il s’agit, avant tout, d’être attentif à la formation des formateurs. En effet, cela permettra d’éviter de tomber dans des mécanismes de découragement et de rejet.

Un autre aspect concerne les procédures de recrutement qui sont, parfois, tellement lourdes et strictes qu’elles entravent le bon fonctionnement de l’institution et provoquent le découragement, voire la perte de potentiels effectifs. C’est le cas lorsque l’on constate qu’une personne souffrant d’un léger handicap se trouve, par exemple, directement exclue des procédures d’engagement. Quand prendra-t-on enfin conscience que la Défense ne peut être dispensée d’accueillir un public plus large ? Il est absolument essentiel de tenir compte de la diversité, dans son aspect général, dans l’application des procédures de recensement.

Pour assurer le bien-être du personnel, il faut, en outre, revitaliser le département d’état-major du « well-being » au sein de la structure. En effet, le bien-être physique doit aller de pair avec l’épanouissementpsychologique . Certes, il existe des mécanismes de lutte contre les discriminations au sein de l’institution, mais un travail doit être effectué, en amont, pour prévenir ce type de comportements et en prémunir le personnel. D’autre part, si des efforts sont fait pour favoriser la participation des femmes à la vie militaire , il faut poursuivre ces démarches car elles y sont encore largement sous-représentées. Il est également nécessaire d’envisager des mesures allant dans le sens d’un épanouissement familial des effectifs , dans la poursuite de ce qui avait été mis en place par le passé. Je me permets, par exemple, de rappeler que je suis à l’initiative de la création d’une crèche à la Défense.

En conclusion, nous devons prendre conscience du potentiel considérable que représente la Défense : indéniable ascenseur social, elle fait actuellement face aux défis de l’attractivité et de la diversité. Chacun doit pouvoir s’y retrouver, indépendamment des critères physiques, de genre, d’handicap, d’appartenances religieuses, sociales, culturelles…

 

 Vos représentants du parti socialiste à la commission de la défense nationale

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            Hugues Bayet                        André Flahaut                   Christophe Lacroix

 

 

 

 

 

Mots-clés: syndicat,, militaire,, flahaut,

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